Nichée au cœur du Japon, dans la préfecture de Shiga, la distillerie Nine Leaves a été pendant près d’une décennie l’une des plus singulières de son époque. Fondée en 2013 par Yoshiharu Takeuchi, cette micro-distillerie incarne dès ses débuts la rencontre entre la rigueur japonaise, l’amour du détail et la passion pour les spiritueux authentiques. L’ambition de Yoshiharu est on ne peut plus claire : produire un rhum d’exception, 100 % japonais, à partir d’ingrédients locaux en s’inspirant de la culture du saké et du whisky japonais, où la précision et la patience sont des vertus cardinales.
Partant de ce constat, à quoi bon essayer de reproduire un ersatz de rhum caribéen ? Yoshiharu veut créer une expression unique et nouvelle de ce spiritueux souvent associé à la chaleur et à l’exotisme. Défendant une approche du rhum qui repose sur une quête d’équilibre entre nature et technique, tradition et innovation, il mettra deux années à mettre sur pied sa distillerie… Autodidacte et complètement indépendant, notre homme met un soin (quasi) maladif dans tous les détails : il s’installe sur la rive du lac de Biwa, qui lui fournit une eau souterraine d’une exceptionnelle pureté (près de la montagne Ishiyama), et décide d’utiliser une matière première unique et locale : du sucre brun non raffiné, connu sous le nom de kokutō, encore appelé sucre noir en rapport à son goût malté et légèrement salé. Ce sucre, il se le procure via un producteur de Tarama-jima (ci-dessous), une toute petite île située entre Miyako et Ishigaki dans l'archipel d’Okinawa.

Pour la fermentation, Yoshiharu prend le parti d’utiliser une souche particulière de levure, rarement utilisée pour la production de rhum, et ensemence de petites cuves pour une durée de quatre jours. Côté distillation, là encore notre homme ne laisse rien au hasard : après avoir suivi une formation intense auprès d’Ichiro Akuto de la distillerie Chichibu, il passe commande d’alambics pot-stills de la marque écossaise Forsyth’s. Deux machines créées sur mesure aux formes différentes qui s’inspirent directement de deux distilleries de whisky : Chichibu et Glenmorangie. Il distille ainsi deux fois son rhum, avec une seconde passe très méticuleuse pour extraire la quintessence des arômes.

Et là où les distilleries tropicales s’appuient sur la chaleur et l’humidité, Nine Leaves exploite les saisons japonaises pour le vieillissement de ses eaux-de-vie. Leurs contrastes (chaud en été, froid en hiver) et leurs influences sur le vieillissement confèrent aux rhums de Nine Leaves une identité à part, magnifiée par un environnement excessivement humide et par le choix de différentes essences de chêne : barriques américaines, françaises, voire fûts de vins (ex-Cabernet Sauvignon), de Sherry PX, Oloroso, mais aussi de spiritueux (dont l’armagnac). Et comme le monsieur est maniaque, chaque bouteille produite est numérotée à la main, et commercialisée en quantité relativement faible.
Il embouteillera un rhum banc (le Nine Leaves Clear), réduit à 50 %, le reste de sa production rentrant en vieillissement pour des sortis de rhums plus ou moins âgés, que nous vous invitons à découvrir sur notre site. Outre les embouteillages officiels, Nine Leaves proposera quelques one shot pour des sociétés comme Velier, le Bar Lamp ou encore le Rum Club Berlin.

Et alors que Yoshiharu commence à trouver son rythme de croisière, il est rattrapé par ses obligations familiales. Lui qui jonglait entre sa distillerie et un emploi dans l’entreprise familiale de pièces automobiles, doit maintenant se consacrer intégralement à cette dernière. Fin 2023, après la toute dernière distillation de Nine Leaves, il met finalement la clé sous la porte… Il vendra l’intégralité de son stock à son ami Luca Gargano et sa société Velier pour assurer la continuité de son travail et maintenir son héritage.
Velier sortira à cette occasion une collection intitulée « Unsun Karuta », rendant hommage à un jeu de cartes japonais traditionnel. Chaque étiquette dévoilera ainsi une nouvelle carte du jeu, et un nouveau dernier rhum de feu Nine Leaves…

Le saviez-vous ? Le nom « Nine Leaves » est directement inspiré du blason familial de son fondateur, représenté par neuf feuilles de bambou, qui symbolisent la perfection naturelle et la croissance harmonieuse. Neuf feuilles représentant les neuf vertus que Takeuchi souhaite insuffler à son travail : patience, pureté, passion, précision, persévérance, progrès, poésie, partage et perfection.
