Thématique Velier x DDL

Pour cette nouvelle thématique, nous allons nous plonger dans la genèse de certains des rhums les plus prisés, les plus mythiques, mais aussi les plus symptomatiques d’une époque durant laquelle tout à - à jamais- changé … Cette histoire aux multiples facettes nous plongera des années 1990 jusqu’en 2014 et nous emmènera de Gênes à Georgetown, fief de la société Demerara Distillers Limited.
Les rhums qui nous amènent ici tirent leur origine dans les années 1990 lorsque le jeune Luca Gargano commence à importer des rhums en Italie. Le marché est alors quasi inexistant et son goût déjà prononcé pour le rhum (il a été ambassadeur de Saint-James dans les années 1970) le pousse à explorer les Caraïbes de fond en comble, et à découvrir tout un univers qu’il ne soupçonnait pas encore. De visites en visites, il tisse rapidement des liens d’amitié avec de nombreux producteurs dont il importera bientôt les marques. Ce qu’il découvre au Guyana chez Demerara Distillers Limited (DDL) changera sa perception du rhum à jamais: un passé historique riche et lourd de sens, des alambics centenaires, et un homme aussi humble qu’il aura été précurseur: Yesu Persaud, le directeur de l’époque.
Le rhum Demerara existe alors depuis plusieurs siècles (il a longtemps fait partie du quotidien de la British Royal Navy), mais il faut attendre 1992 pour que la société DDL sorte finalement sa propre marque et ne l'exporte: le rhum El Dorado. Luca sera le premier à l'importer sur le sol européen et à le défendre auprès de ses clients. De là naît une amitié entre les deux hommes, jusqu’à un certain jour de mars 2001…
(NB: Aucun article ne pourra venir à bout de tout ce qu’à fait ce monsieur pour son pays et sa communauté et nous ne pouvons que vous conseiller sa biographie, ou à défaut de faire quelques recherches sur internet).
Arrivé au Guyana depuis Caracas le 3 mars 2001, Luca se rend à la distillerie Diamond accompagné de George Robinson (directeur des lieux depuis 1967), avec l’impression de visiter un musée. La variété -et l’âge- des alambics donne le vertige: la double colonne en bois Coffey d’Enmore, le pot still en bois de Port Mourant ou encore celui de Versailles, il y a ici parmi les plus vieux alambics au monde encore en activité.
Il n’y a pas si longtemps de ça, chaque alambic était associé à un domaine sucrier, les Sugar Factories, campées sur les rives des trois grands fleuves du Guyana. Au fil du temps, elles seront centralisées et les alambics déplacés, jusqu'à finir dans la distillerie Diamond, la seule encore en activité aujourd'hui.
Et les Velier "Old Demerara Rum" furent...
Lors de l’une de leur rencontre, Luca fait remarquer à Yesu et son équipe que des rhums -en principe destinés à faire des assemblages- commencent à être vendus comme des single casks en Europe. Des embouteilleurs indépendants vendent ainsi des Port Mourant ou des Enmore, vieillis en Europe bien loin de leur lieu de production et à des prix bien inférieurs à leur marque El Dorado. Luca suggère alors à Yesu de sortir des single casks officiels et intégralement vieillis dans leurs entrepôts, en mettant en avant les marks historiques de DDL. Yesu juge d’abord l’idée prématurée, du fait de la complexité à mettre en œuvre l’embouteillage sur place, mais accepte que Luca s’en charge. Commence alors des sélections de fûts qui seront ensuite envoyés au siège européen de DDL (en Hollande, et plus tard en Angleterre) pour être mis en bouteilles et commercialisés… Nous vous les présentons ci-dessous par ordre de sorties.
1996 & 2000: L'avant sélection
Ces deux séries d'embouteillages demeurent à part dans l’histoire que nous racontons ici, mais restent indissociables de l’aventure DDL menée par Velier et Luca Gargano. La sélection se fait alors sur échantillons -contrairement aux autres Demerara qui viendront plus tard- et le vieillissement principalement effectué en Europe (pour ne pas dire totalement).

La première série, que l'on pourrait surnommer la série Gauguin (en rapport aux peintures représentées sur les étiquettes) est sortie en mars de l'année 1996 et comprend trois Demerara embouteillés par la société Thomson & Company (et sortis à 1200 exemplaires): un Diamond 1975, distillé en juillet de la même année et embouteillé 21 ans plus tard à partir des fûts #63 et #77. Un Versailles 1991, distillé en janvier et embouteillé au bout de 5 ans (fûts #18 et #20) et un Port Morant 1985, distillé au mois de mars et vieillit quant à lui 11 ans (fûts #30 et #49).

La seconde série pré-DDL a été embouteillée en novembre 2000 par la société Breitenstein Products, à l’époque siège européen de DDL, qui deviendra trois ans plus tard Demerara Distillers Europe.
Pour la petite histoire, les étiquettes ont été réalisées par Luca à partir de peintures et illustrations que vous pouvez retrouver dans l’encyclopédie en trois volumes "Canne, sucre et rhum aux Antilles et Guyane françaises du XVIIe au XXe siècle" de Alain GRILLON-SCHNEIDER, aux éditions du Ponant S.A..
Alors que le Albion 1983 (17 ans d’âge, sorties à 2164 exemplaires) et La Bonne intention 1985 (15 ans, 1467 exemplaires) sont proposés à un timide 40°, le Enmore 1987 affiche un beau 56,6° au compteur. Vieilli durant 13 ans sous un climat principalement continental, comme ces deux comparses, on compte 2655 bouteilles commercialisées. Les prix oscillaient -à l’époque- entre 50€ (pour le Enmore) et 72€ pour les deux autres.
2002 : Nomade parmi les fûts
Retour en mars 2001. Sur place, Luca se met à l’œuvre dans les entrepôts de DDL pour sélectionner les toutes premières barriques. Trois fûts sortent déjà du lot: un Port Mourant 1982, un Diamond 1982 et un Albion 1984, tous commercialisés l’année suivante. C’est ainsi que débute l’histoire du partenariat entre Velier et DDL… C’est aussi à partir de cet instant que les sélections se feront systématiquement sur place, à Gorgetown, dans la Warehouse #1 plus précisément.
Pas encore prêt à commercialiser des rhums à fort degré en alcool, Luca décide de proposer ces Demerara à 46°. C’est sa compagne de l’époque, Urska, qui conçoit les étiquettes de cette toute première sélection originale de marks Demerara entièrement vieillies sous les tropiques. Une première pour l’époque, puisque l’intégralité des embouteilleurs indépendants qui vendent alors des rhums similaires propose des produits presque exclusivement vieillis en Europe.
Comme pour la plupart des bouteilles dont nous parlerons plus bas, il faudra à Luca et Velier plusieurs années pour écouler leurs stocks. Elles seront surtout ouvertes et consommées dans de nombreux bars et restaurants en Italie, avant de devenir disponibles par la suite sur internet via des sites de cavistes.
Les plus assidus d’entre vous auront noté la faute d’orthographe très répandue à l’époque : Port Morant alors qu’il aurait fallu écrire Port Mourant, du nom de l’alambic et de l’ancienne distillerie qui fermera ses portes dans années 1950. Un double Pot Still en bois dont la fabrication remonte à 1732… Une pièce de musée vieille de plus de 250 ans et encore en activité aujourd’hui. Après la fermeture de la distillerie, il sera déplacé chez Albion jusqu’en 1968, puis à la distillerie Uitvlugt avant de finir à la distillerie Diamond à partir de 1999. Au total, 1262 bouteilles de ce Port Morant 1982 de 20 ans seront commercialisées au prix de 44€.
Le Diamond 1982, du même âge (et prix) donnera 773 quilles et prend racine dans la seule distillerie encore en activité aujourd’hui, Diamond. Fondée au XVIIIème siècle, la production de rhum y débute au début du siècle suivant. La plantation Albion, quant à elle, remonte à 1802 ou 1803. Elle se situe sur la côte Est du fleuve Berbice, et plus précisément sur la côte Corentyne, à l’Ouest de l’ancien domaine Port Mourant. Le Albion 1984 commercialisé en cette année 2002 affiche 17 ans et 1094 unités vendues 33 euros.
2005 : Une bouteille noire, un diamant, un nom imprononçable et deux Skeldon. Et les premiers brut de fûts…
2005 marque l’arrivée de la Black Bottle chez Velier. Exit le packaging démodé, voire ringard, et place à la bouteille devenue, depuis, emblématique.
Son histoire? Luca Gargano achetait jusque-là ses bouteilles en Angleterre mais à rapidement souhaité se démarquer suite à ses premières sélections avec DDL et Yesu Persaud. C’est à cette occasion qu’il a repensé à une bouteille qui lui avait tapé dans l’œil dans la cave d’un collectionneur italien à Milan: une bouteille d’un très vieux whisky datant du XIXème siècle. Ni une ni deux, il envoie son frère Paolo prendre en photo ladite bouteille et lance la production d’un moule spéciale. The Black Bottle is born.
Et pour marquer le coup, en plus de cette nouvelle bouteille opaque, Luca et Yesu vont proposer aux amateurs (qui ne sont pas encore bien nombreux) les premiers brut de fût de leur partenariat. Fini la dilution, Luca est enfin prêt à offrir au monde une dégustation authentique en tout point.
Commençons par le Diamond 1993, sans doute l’outsider du lot. Distillé en février 1993 et embouteillé en avril 2005 au bout de 12 ans de vieillissement au Guyana, il affiche un très impressionnant (surtout pour l’époque) 61,4°; seules 266 bouteilles ont été embouteillées à partir d’un seul fût. Et pour ceux qui se demanderaient encore comment on peut sortir si peu de bouteilles à partir d’un fût, les anges vous répondront: « hipss ». C’est en effet à cause de leur appétit glouton (ils sifflent plus de 10% du fût chaque année dans le meilleur de leur forme) qu’il reste si peu au bout du compte. DDL ne pratiquant que très peu l’ouillage (c’est-à-dire le fait de combler l’évaporation d’un fût par le même rhum soutiré d’un autre fût du même millésime), le résultat est un rhum à la concentration à nulle autre pareille. Marks: <> W, prix…49 euros.
Vient l’imprononçable Uitvlugt 1988 (ça donne quelque chose comme « aïeflokgte » ou « eye-flut » en anglais), distillé sur une colonne Savalle et âgé de 17 ans (marks SP-ICBU). Il aura fallu quatre fûts pour remplir 1091 bouteilles alors proposées au prix de 57€.
Nous voici arrivé aux deux derniers Demerara sortis en 2005, les frères Skeldon. Tous deux portent la même marks, SWR, du nom du propriétaire de la plantation en 1804 Sir William Russell. Et tous deux font partis des Demerara les plus prisés aujourd’hui, bien loin de leur 155€ de l’époque. Le Skeldon 1973 (544 bouteilles dont la plupart ont été ouvertes) reste même le Demerara le plus vieux jamais embouteillé par Velier: trente-deux ans de vieillissement tropical… Un véritable tour de force quand on pense à l’évaporation annuelle au Guyana (et sous les tropiques en général). Ce rhum, distillé en 1973 et embouteillé en 2006, est issu de l’assemblage de quatre fûts. La crème de la crème en quelque sorte. Mais parmi les deux Skeldon qui sortiront cette année-là, le plus « authentique » n’est pas forcément celui auquel on pense… Éléments de réponses plus bas :))
De quatre ans son aîné, le Skeldon 1978 a passé 27 ans sur place avant de terminer sa course dans une black bottle, plus précisément dans 688. Là aussi, ne reste aujourd’hui que quelques bouteilles qui auront échappé aux gosiers des chanceux qui auront pu, un jour, y tremper les lèvres. Il aura fallu assembler tout de même trois fûts pour y arriver.


L’histoire derrière les Skeldon
Il y a plus de dix ans maintenant, votre humble serviteur publiait sur son blog une interview de Luca Gargano qui levait le voile sur l’histoire derrière ces Skeldon: on y apprend notamment que Luca découvre un peu ces fûts par hasard. Il est à l’époque accompagné de sa compagne, Urska (née en 1978), lorsqu’il aperçoit dans la distillerie Diamond un fût avec la marks de Skeldon écrit en rouge sur fond blanc. La dégustation ne fera que confirmer la découverte malgré des fûts presque vides, faute d’ouillage.
Lors d’une seconde dégustation, cette fois à Gênes, Luca ne reconnaît pas le profil du 1978 goûté quelques mois auparavant. Il est peut-être encore meilleur, mais pour lui il ne s’agit plus du même rhum. Il apprendra bien plus tard que Yesu a assemblé du Skeldon 1973 dans les trois fûts de 1978 qui restait, afin de combler le manque. Mettons donc ici même fin à la querelle de la fratrie: le 1973 est bel et bien le seul vrai millésime des deux, n’en déplaise à son petit frère. En attendant, cette histoire aura valu à Luca de laisser les fûts plus longtemps que prévu chez DDL, fâché de cet incident avant de finalement les embouteiller…
2006 : L’année des raretés
2006 livre son lot de sélections et marque la troisième collaboration entre Luca et Yesu. Dès le début, les embouteillages sont considérés comme des sorties officielles, Velier n’apparaissant que timidement sur la contre-étiquette. L’origine est mise en avant, tout comme le vieillissement tropical.
C’est aussi l’année du premier Blairmont embouteillé : un Blairmont 1991 (de marks B) âgé de 15 ans et distillé dans une french Savalle Still (une colonne Savalle made in France). Sept fûts donneront au total 1913 bouteilles exactement. Originellement, la plantation s’appelait Blair Mount et tire son nom de son fondateur Lambert Blair. Située sur la rive ouest du fleuve Berbice, son histoire remonte aux années 1800 (entre 1802 et 1834) et la première trace de production de rhum à 1862. Elle fermera un siècle plus tard.
Passons au Port Mourant 1993 qui sort la même année à… 2994 exemplaires (marks PM). Voilà sans doute le Velier Demerara le plus accessible de tous, du moins en termes de quantité. On trouve juste derrière le Enmore 1987 (2655 cols), mais qui est sorti avant les sélections officielles de Luca chez DDL… Distillé en 1993 dans le double pot still en bois Port Mourant et vieillit 13 ans, il aura fallu tout de même 10 fûts pour sortir toutes ces bouteilles (vendues à l’époque pour 57 euros pièce).
Les deux derniers embouteillages ont aussi une similitude: ce sont les deux plus rares en termes de quantité.
Le Diamond 1988 (marks SV) remporte la palme du plus petit nombre de bouteilles sorties avec 51 black bottles. Boudé à sa commercialisation, comme la majorité des embouteillages dont nous parlons aujourd’hui, ce Diamond 1988 est devenu une licorne parmi les licornes. Plus pour sa rareté que ses qualités organoleptiques , il est sans doute devenue (deviendra?) celui qui excitera le plus les plus fortunés d’entre nous. Vieillis 18 ans, il est sorti à l’origine à 63€. Issue d’un fût seulement (single cask), la part des anges est impressionnante, même si elle n’explique pas tout. Deuxième plus rare Old Demerara Rum, le Uitvlugt 1985 (marks ICBU) et ses 71 quilles. Issu aussi d’un seul fût (imaginez ce qu’il devait rester dedans), ce rhum de 21 ans coûtait 60 euros, boîte comprise.
2007 : La triplette de 1998
Voici venir trois Demerara du même millésime -et donc du même âge, 9 ans- qui plus est issus de fûts uniques (single casks) embouteillés en 2007.
Soit 266 bouteilles d’un Enmore 1998 (marks EHP), 274 La Bonne Intention 1998 (LBI) et 278 Versailles 1998 (VSG). Si nous connaissons déjà les deux premiers, le Versailles est une première: ce 1998 a été distillé à l’aide d’un alambic Pot Still (à repasse) en bois, à l'époque où il se trouvait chez Uitvlugt, la distillerie Versailles ayant fermé en 1978. Proposé à un degré naturel assez facile de 46,5°, il reste une belle porte d’entrée dans le monde des Demerara (comme un certain Albion 1983 dont nous parlerons plus bas).
2008 : Huit de plus et un peu de continentaux

Commençons par la triplette de Port Mourant qui dénote. Jusque-là, Luca Gargano s’était juré de ne sortir que des rhums entièrement et exclusivement vieillis dans leur pays natal, au Guyana. Avec ces Port Mourant 1972, 1974 et 1975, il déroge à la règle le temps d’un instant pour récupérer des fûts vendus par erreur par DLL. C’est Yesu qui lui demande de retrouver et d’acheter ces millésimes qu’il trouvait exceptionnel (et qui n’existaient plus dans les chais de DDL). C’est chose faite après quelques longs mois de recherche. Les étiquettes mentionnent d’ailleurs un vieillissement partiel eu Europe. Âgés respectivement de 36, 34 et 33 ans, ces trois rhums portent tous la même marks (PM) et sont sortis à 175, 364 et 518 exemplaires.
Retour au vieillissement tropical avec deux profils bien reconnaissables issus de deux fûts uniques: un Albion 1983 de 25 ans proposé à un superbe (et tellement accessible) 46,4° (313 exemplaires) ainsi qu’un Albion 1989 de 19 ans à 62,7 watts. Le premier donnera 313 bouteilles et le second seulement 108.
Autre duo, cette fois d’Enmore (marks MEA), avec d’un côté le 1988, 20 ans, assemblage de deux barriques qui donneront 419 bouteilles, et de l’autre un millésime légèrement plus jeune, un 1990 de 18 ans tout droit sorti de 4 fûts, donnant 728 possibilités de tomber dessus.
Et bien esseulé, un Uitvlugt 1990, qui a la particularité d’avoir été distillé avec le double alambic en bois Port Mourant, d’où sa marks MPM. Il affiche un très honorable 17 ans d’âge (4 fûts pour 881 bouteilles).
2011: « you are my friend, you are my brother, you are my son »
On doit ces mots à Yesu parlant à Luca, de quoi donner une idée de leur relation et du profond respect que ces deux hommes ont l’un pour l’autre. La petite vingtaine de sélections commercialisées depuis 2002 est aussi là pour en témoigner.
En 2011, on retrouvera deux nouveaux Albion, montant le total à cinq. C’est au tour des millésimes 1986 et 1994 de briller. Ils sont sélectionnés par Luca mais aussi par Daniele Biondi, et c’est sa première fois. Ses premières fois. Le millésime 1986 (de 25 ans d'âge) est un single cask qui donnera 214 bouteilles et le 1994, 17 ans, issu de quatre fûts, en donnera 1014.
Autres sélections de 2011 faites par notre duo de choc: un Diamond 1996 (15 ans, 1265 quilles, marks SVW), un historique Enmore 1995 (16 ans, 2415 exemplaires, ELCR) qui n’est autre que la dernière distillation en provenance de la plantation Enmore (avant sa fermeture définitive), ainsi qu’un Blairmont 1982 (marks B) embouteillé après 29 ans de vieillissement tropical, en février 2011, à 250 black bottles.
2012: l’avant-dernière salve
On touche au but et bientôt il n’y aura plus de DDL x Velier. Profitons-en pour revenir sur une anecdote: Vous connaissez déjà les relations plus qu’amicales qu’entretiennent Luca Gargano et Yesu Persaud qui, depuis plus de dix ans, se voient chaque année au Guyana. Mais aussi en Italie. À chacun de ses voyages à Gênes, Yesu rapporte une cravate à Luca. Un cérémonial qui n’aura jamais eu de retombée sur ses habitudes vestimentaires puisque, à ce jour, il n’aurait jamais été aperçu portant une cravate. Qui dit amitié dit aussi tension, et bien souvent Luca aura dû batailler avec Yesu pour obtenir de très vieux fûts. Une rivalité amicale qui finit toujours bien. Tout ce qui est au-dessus de ce paragraphe en est la preuve vivante et liquide.
Et les sélections de 2012 nous demanderez-vous? Passé un Diamond 1996 des plus classiques (16 ans, 828 bouteilles noires et une petite part des anges supérieure à… 75%), il y a un Diamond 1981 de 31 ans (oui oui), 810 unités avec une énorme angel share au-dessus des 94%, de quoi dépasser l’entendement et donner le frisson. Il y a aussi un Port Mourant 1997 de 15 ans, droit dans ses bottes comme n’importe quel Port Mourant qui se respecte, et puis… il y a un Demerara au nom étrange: le UF30E 1985.
Non, il ne s’agit pas d’un nom d’ovni ni d’un nouveau colorant alimentaire à la mode, mais bien d’un rhum: le U pour le nom de l’alambic et ancienne distillerie Uitvlught et F30E pour la situation géographique du champ de cannes à sucre qui a servi à la fabrication de ce rhum (Field #30 East). Distillés en 1985 et embouteillé en 2012 au bout de 27 ans et plus de 90% d’évaporation, trois fûts ont été assemblés pour donner quelques centaines de bouteilles (814 exactement).
Peu après les sorties de ces sélections, en novembre 2013 et après 48 années de bons et loyaux services à la tête de DDL, Yesu Persaud annonce officiellement sa retraite.
2014: Un dernier tour et puis s’en va
À l’instar d’une fin d’année (ou d’une nouvelle), DDL et Velier, Yesu et Luca, nous ont réservé un feu d’artifice au final éblouissant. C’est simple, il n’y aura jamais eu autant de sorties sur la même année (soit neuf). Et c’est une première. C’est aussi la première fois que je vais voir un site de numérologie pour connaître la signification du chiffre 9. Et je vous le donne dans le mille :
« Le chiffre 9 annonce la fin d'un cycle et la naissance, la création de quelque chose de nouveau. En numérologie on l'associe également au voyage, à l'ouverture d'esprit, à l'altruisme et à l'utopisme. Le chiffre 9 est un idéaliste qui aura un impact sur le monde qui l’entoure. »
Pas mal quand on sait qu’à partir de cet instant, DDL sortira ses single casks en solo sous la gamme « Rare Collection ». Un choix lourd de sens et historique qui signe la fin du partenariat entre Velier et DDL.
Au menu de cette année 2014, une nouveauté avec des Demerara « blended in the barrels », c’est-à-dire des assemblages de marks différentes fait directement dans les fûts, avant vieillissement. Une expérimentation parmi tant d’autres de DDL que l’amateur en soif de découvertes aura pu découvrir en avant-première dans la boutique éphémère « Velier Pure Single Rum », qui avait élu domicile rue d’Anjou à Paris en avril/mai de la même année (souvenirs souvenirs).
Il ne s’agit en fait pas d’un blend (assemblage) à proprement parler puisque le "mélange" s’est ici fait avant le vieillissement, là où les assemblages habituels ont lieu après vieillissement : et la différence est énorme car les rhums ainsi mariés vont travailler, évoluer ensemble dans le fût, vont lier essences et connaissance durant de nombreuses années, se jurant une fidélité imposée, en vase clos et dans l’obligation de se consommer mutuellement.
Parmi ces expériences heureuses, deux Diamond & Port Mourant avec les millésimes 1995 & 1999. Le premier aura vu vieillir ensemble les marks SV (pour Diamond) et PM durant 19 ans et accouchera de 564 bouteilles. Le millésime 1999, de quatre années plus jeunes, mix les marks W et PM et fera 1148 heureux. Sortira également 848 Enmore (EH) & Port Mourant (PM) 1998 de 16 ans.
Parallèlement à ces avant-premières, nous retrouvons des embouteillages plus « classiques » :
Deux Diamond 1999 de 15 ans issus de deux marks différentes: S (assemblé à partir de cinq fûts qui donneront 1137 cols) et SVW (cinq fûts également mais 1411 unités).
Deux Uitvlugt: un 1996 de 18 ans portant l’énigmatique marks MOD GS pour « MODified GS », soit un autre rhum expérimental qui a été « coupé » à 15% et sorti en 948 exemplaires. Et un Uitvlugt 1997 (17 ans d’âge) de marks ULR pour Uitvlugt Light Rum (1404 bouteilles).
Mesdames, Messieurs, voici venir la dernière sélection de Luca Gargano…
Il s’agit du Diamond & Versailles 1996, sorti en décalage par rapport aux autres car Luca voulait marquer le coup. D’abord destiné à animer les masterclass, il sera finalement mis en vente mais auprès d’amateurs via les réseaux sociaux. Un geste d’une grande classe.
Âgé de 17 ans et issu de 2 fûts qui donneront un total de 570 bouteilles, il s’agit d'un blend (assemblage) de Marks comme ceux cités plus haut : l’une en provenance de Diamond (marks S) et de son alambic à colonnes en métal (Metal Coffey Still), et l’autre de Versailles (marks VSG) avec son célèbre alambic à repasse (pot still) en bois.


C’est ainsi que se termine la saga Velier Full Proof Old Demerara et que commence, l’année suivante, la bien nommée Rare Collection de la société Demerara Distillers Limited. Seul vestige du partenariat entre Velier un DDL, un Enmore & Port Mourant 1998 de 16 ans embouteillé à 848 exemplaires sortira à l’occasion 70ème anniversaire de la société italienne.
Au mois de janvier 2022, âgé de 93 ans, Yesu Persaud décède.
Au nom de nombreux amateurs et amatrices, merci Mr. Persaud...





