Neuf ans, l'âge d'un enfant qui a encore tout à découvrir de la vie mais qui, déjà, trouve le moyen d'imiter les grands. Nous aurions pu vous parler d'un colosse du siècle précédent (et ça viendra), d'une eau-de-vie surannée, mais c'est bien d'un souffle nouveau dont il s'agit ici: plus précisément d'un spiritueux juvénile qui, malgré sa diaphane existence, porte sur ses épaules près d'un siècle de tradition familiale...
Cette histoire, c'est celle de Nelly Lacave, qui accepte en 2014 la charge de toute une vie. Comme avant elle ses parents Bernard et Marie-Lise, et quatre-vingts ans plus tôt son grand-père Roger Lacave, elle prend cette année-là à coeur de poursuivre l'aventure familiale. De 1934 à 2014, comme une évidence.
Le 16 novembre 2014, l'encre cristalline du Baco dessine le premier chapitre du reste de sa vie. D'observatrice, elle passe à cet instant fatidique à auteure d'eau-de-vie, remettant une partie importante de son futur entre les mains expertes de la famille Mogni, distillateur ambulant de père en fils.

Toutes les heures passées dans les vignes (et en dehors) sortent enfin de l'alambic, autant que de ses yeux qui ne peuvent retenir toute la charge émotionnelle de l'instant. Ce sera un armagnac mono-cépage, 100% Baco, comme une évidence. Il a été découvert par un instituteur du coin (François Baco) passionné de viticulture et dont les travaux sauveront une bonne partie du vignoble français après la crise du phylloxera.
Le distillat et ses 52°, à peine échappé du rutilant alambic armagnacais, est méticuleusement logé dans un fût de chêne neuf fait à partir d'arbres de la propriété et monté par la Tonnellerie Bartholomo, située à quelques kilomètres de là. La pièce de chêne viendra rejoindre ses aînés dans le sublime chai situé sous la maison qui a vu grandir Nelly. Il trône là, soixante-quinze ans après le premier millésime de son grand-père Roger (un 1939) et quarante ans après le 1974 de son père Bernard. Si seulement le mycélium pouvait parler...

Ce millésime 2014, c'est Nelly qui nous l'a proposé. C'était même un mystère avant de recevoir le colis. Alors ça nous fait un petit quelque chose de voir cet armagnac issu de son tout premier fût, celui-là même qui dissimule le premier chapitre de son histoire. Il est à vous dorénavant et vous voilà dans la confidence et dans la possibilité de le déguster pour -tout- ce qu'il est.
Santé et excellente année à toutes et à tous !