Domaine de Jouatmaou
une histoire de famille
La famille Lacave se relaye depuis maintenant trois générations à la tête du Domaine de Jouatmaou. Depuis les années trente jusqu’à aujourd’hui, chacun aura apporté sa pierre à l’édifice, vouant une extraordinaire dévotion au culte du Grand Bas-Armagnac.
Quarante ans séparent précisément chaque génération: de l’arrivée de son grandpère Roger au domaine en 1934 à la reprise par ses parents Bernard et Marie-lise en 1974, Nelly devient officiellement la nouvelle patronne de Jouatmaou en 2014. Trois générations qui travaillaient encore main dans la main jusqu’en 2001 avant que Roger ne quitte l’aventure qu’il aura commencée il y a près d’un siècle. C’est lui qui fera couler les premières gouttes d’armagnac dès son retour de la guerre en 1939 et qui distillera sa passion à toute sa famille. C’est même grâce à sa production d’armagnac qu’il achètera la propriété, l’agrandira, préparant un avenir tout tracé pour Nelly, bien décidée à poursuivre l’aventure familiale.

La propriété compte aujourd’hui près de soixante hectares dont huit (8,33 précisément) sont dédiés à la vigne: trois hectares et demi de cépage Baco (dont 1,93 hectares de très vieilles vignes datant de 1963) spécialement et uniquement destinés à la production d’armagnac, mais aussi de la Folle Blanche. Parallèlement, Nelly cultive d’autres cépages blancs et rouges qui lui servent à l’élaboration d’un apéritif à base d’armagnac, ainsi que du maïs, du tournesol et une dizaine d'hectares de noisetiers.
Ici, le travail des vignes commence dès janvier, période à laquelle toute la famille est mise à contribution. Un travail principalement manuel où les gestes traditionnels se répètent immuablement jusqu’à l'été et trouvent leur apogée dans une parcelle de vieilles vignes de Baco, plantée par Roger en 1963. Une parcelle qui tient une place toute particulière pour Nelly et dont les ceps sont marcotés pour prolonger l'histoire.

Le temps des vendanges venu, la récolte s’effectue à la machine, avant que le raisin ne soit pressé dans le chais et mis à fermenter de manière entièrement naturelle pendant une dizaine de jours. C’est ensuite au tour du distillateur ambulant Patrick Mogni, accompagné de son fils Xavier, de rentrer en action pour distiller la récolte du domaine: afin de rester cohérente aux us et coutumes, Nelly favorise un distillat sortant entre 55 et 58%, ce qui lui permettra de mettre en vieillissement cinq à sept pièces d’armagnac selon les années et les aléas climatiques. Les vins du Baco et de la Folle Blanche, historiquement mélangés entre eux, sont depuis 2016 séparés en partie afin de voir les évolutions propres à chaque cépage. La mise en fût, comme du temps de son grand-père, s’effectue directement à la sortie de l’alambic et sans aucune dilution. L’armagnac restera ensuite à minima un an en fût neuf avant de passer en fût ancien pour le reste de son existence.




Fait probablement unique en Armagnac, le chai se situe sous la maison de famille, une maison de maître datant de 1795 et dont la cave souterraine servait originellement au personnel de maison pour y faire la cuisine et se loger. Un endroit rêvé pour le tout premier fût d’armagnac du domaine qui y reposera un certain jour de l’année 1939. Roger, et par la suite Bernard et Marie-lise, ont ainsi eu l’extrême privilège de littéralement dormir sur un stock d’armagnac fleurissant. Idéalement situé sur un sol en terre battue, l’humidité qui oscille entre 70 et 80% offre aussi le gîte et le couvert au mycélium qui a depuis longtemps remplacé les bonnes.
Un peu moins de cent barriques s’y languissent actuellement, dont certaines faites avec les chênes de la propriété coupés par Roger lui-même et montés par Mr Bartholomo, dont le petit-fils fait toujours perdurer l’activité de tonnelier. Cinq fûts ont même pu être fabriqués en 2016 à partir de douelles de chêne conservées quarante ans par Nelly et sa famille. Un trésor de plus qui repose ici-bas et qui, n’en doutons pas, permettra tout aussi bien à l’histoire qu’à la présence de Roger de s’éterniser un peu plus longtemps.






