Patrick & Xavier Mogni
À dix-huit ans déjà, Patrick observe avec intérêt un ami distiller de l'armagnac avant de passer aux travaux pratiques pendant la campagne de 1988 : ce qui n'était qu'un remplacement provoque un attrait de plus en plus marqué et, deux ans plus tard, il est embauché par son voisin qui achète un second alambic pour développer son activité.
Patrick distille de domaine en domaine dans les Landes et le Gers et noue des relations de confiance et d'amitié qui perdurent encore aujourd'hui, plus de trente ans après. Attaché autant aux relations humaines qu'à l'enrichissement constant des campagnes qui défilent, il se met à son compte en 2002 suite au départ en retraite de son voisin et achète un alambic neuf : un alambic ambulant armagnacais, fabriqué à quelques kilomètres de là (à Condom) par la SOFAC et qu'il chauffe quasi exclusivement au bois.

Les campagnes de distillation durent alors en moyenne deux mois et demi, et Patrick se fait déjà une belle réputation, mettant en pratique ce qu'il apprit auprès des anciens tout en préparant la génération future : son fils Xavier qui l'accompagne déjà depuis tout petit le rejoint officiellement dès 2005. Tout juste sorti d'études de viticulture et d'oenologie, il développe le chai familial, la vinification des vins au domaine ainsi que la vente aux particuliers. La distillation chez les Mogni se conjugue dès lors au pluriel, donnant un nouveau souffle à toute une tradition culturelle qui trouvera peut être un jour son apogée avec la génération suivante, déjà représentée par Augustin trois ans et demi et Marie-Alexandrine sept mois.
Venu le moment de la campagne, Patrick et Xavier interviendront chez une cinquantaine de clients, distillant en moyenne six cents hectolitres d'alcool pur, soit l'équivalent de trois cents fûts. Ici comme ailleurs la distillation est non stop: Patrick met toujours en place l'alambic au petit matin et travaille jusque quatorze heures, remplacé par son fils Xavier qui prend le relais jusque deux heures du matin et ainsi de suite jusqu'à distillation de l'intégralité des vins. Distillé principalement cépage par cépage, c'est le Baco qui se taille la part du lion, suivi de l'Ugni Blanc et de trop rares et fragiles cépages historiques dont seul la Folle Blanche arrive encore à survivre. Ils resteront le temps nécessaire, de un jour jusqu'à quatre jours sur les domaines les plus importants. Depuis aussi loin que Patrick distille, il se souvient que ses clients lui laissent bien souvent carte blanche et comptent sur son savoir-faire pour produire la plus belle des eaux-de-vie. La dimension de son carnet d'adresses est à hauteur des relations humaines qu'il prolonge depuis plus de trente ans maintenant et qu'il partage depuis dix-huit années avec son fils. Le climax étant tous les moments festifs que la majorité de ses clients font vivre autour de l'alambic, pièce maîtresse d'une convivialité salvatrice.

Et quand lui demande de nous parler de l'évolution de sa profession, il se souvient que les volumes distillés étaient plus importants qu'aujourd'hui avec d'avantage de propriétés et d'agriculteurs, même si lui et son fils notent depuis quelques années le retour d'une nouvelle clientèle qui s'intéresse nouvellement à l'armagnac sans être de la profession.
Sans chauvinisme aucun, Patrick vous dira qu'il distille le meilleur alcool au monde. Il en produit lui-même sur son domaine familial - le Domaine Duffau - dans le petit village de Sion où il s'occupe d'une activité bien variée en polyculture : outre 14 hectares de vignoble destinés en partie à la production d'armagnac, il élève des bovins et cultive du maïs, aidé de son fils bien sûr, mais aussi de sa femme Viviane et de sa belle-fille Marie-Laetitia. Désireux de prolonger cette expérience humaine et si enrichissante qui le motive depuis le premier jour, il organise chaque année la fête de l'alambic autour de nombreux producteurs et artisans locaux. L'occasion de passer un bon moment autour de l'alambic et de goûter les premières gouttes de Blanche qui lanceront la saison...




