1 Bouteille 1 Histoire : Waldorf Astoria Cuban Rum

Aujourd’hui, nous vous dévoilons l’histoire qui se cache derrière une bouteille de rhum d’exception, porteuse d’un voyage envoûtant de Cuba à New York, où se mêlent raffinement et volupté. Installez-vous confortablement dans le salon du Waldorf-Astoria, savourez un cocktail… et laissez-vous porter. Et pour parfaire l’ambiance feutrée du jour, nous vous proposons la compagnie de Lena Horne, qui enregistra là-bas un fabuleux un fabuleux live en 1957…
Waldorf et Astoria, l’union sacrée
Situé à New York, le Waldorf Astoria est l’un des hôtels les plus emblématiques de l’histoire moderne. Son origine remonte à 1893, lorsque le milliardaire américain William Waldorf Astor fait construire le premier Waldorf Hotel sur la Fifth Avenue à New York. Quatre ans plus tard, son cousin et rival John Jacob Astor IV inaugure juste à côté l’Astoria Hotel (1897). Les deux établissements fusionneront ensuite pour former le Waldorf-Astoria, qui devient rapidement le plus grand et le plus luxueux hôtel du monde. Les deux bâtiments, initialement rivaux, sont alors reliés par un long corridor baptisé Peacock Alley, où la haute société new-yorkaise avait l’habitude de se promener après le dîner pour voir et surtout être vue. Cette parade mondaine évoquait celle des paons (peacock en anglais) exhibant leur plumage, ce qui inspira le nom du corridor.

Dès le début du XXᵉ siècle, le Waldorf Astoria New York s’impose comme l’un des grands centres de la vie sociale et politique américaine. Diplomates, industriels et artistes s’y retrouvent dans ses salons élégants et dans son célèbre bar, le Peacock Alley.
Certaines personnalités ne se contentaient pas d’y séjourner ponctuellement : elles en avaient fait un véritable lieu de vie, parfois même une résidence permanente. Le compositeur Cole Porter demeure l’un des résidents les plus emblématiques de l’hôtel. Il vécut plus de trente ans dans une suite des Waldorf Towers, où il organisait des soirées devenues légendaires, réunissant artistes, aristocrates et diplomates.
Le chanteur Frank Sinatra comptait lui aussi parmi les habitués de l’établissement. Quant à la grande chanteuse de jazz Ella Fitzgerald, elle s’y produisit à plusieurs reprises, notamment dans l’Empire Room, l’une des salles les plus prestigieuses de l’hôtel, où elle était régulièrement invitée (voir la photo ci-dessous, qui immortalise l’un de ces moments).

L’hôtel a également accueilli de nombreuses figures politiques américaines, parmi lesquelles Franklin D. Roosevelt, John F. Kennedy et Herbert Hoover, et fut aussi un lieu de passage privilégié pour plusieurs grandes personnalités internationales, comme Winston Churchill, Charles de Gaulle ou encore Nikita Khrushchev. Parmi les têtes couronnées et figures royales, on peut également citer la reine Elizabeth II et la princesse Grace Kelly.
Le Bar Peacock Alley, pilier historique de la culture cocktail
Comme évoqué précédemment, Peacock Alley était à l’origine un long corridor de marbre reliant le Waldorf Hotel (1893) et l’Astoria Hotel (1897). Très vite, cet espace devient un lieu de rendez-vous incontournable pour l’élite new-yorkaise et internationale. On y trouvait des bars et des salons luxueux, de la musique jouée par des orchestres ou au piano, ainsi qu’un service raffiné de cocktails et de champagne. Dans ses salons, les bartenders servaient déjà des cocktails devenus depuis célèbres, comme le Rob Roy (mélange de scotch whisky, vermouth doux et bitters) , le Bronx (composé de gin, vermouth sec, vermouth doux et jus d’orange) ou encore le Waldorf Cocktail (un mélange de rye whiskey vermouth doux, absinthe (ou pastis aujourd’hui) et bitters).

Plus tard, nombre de ces recettes seront documentées et préservées dans l’ouvrage The Old Waldorf-Astoria Bar Book. Publié en 1935 par le journaliste américain Albert Stevens Crockett, l’ouvrage rassemble pas moins de 600 recettes, des anecdotes et souvenirs liés au Waldorf-Astoria de New York. Chroniqueur et habitué de l’hôtel, Crockett l’écrivit après la fin de la Prohibition afin de préserver la mémoire du bar d’origine. Il s’appuya notamment sur les notes des barmen du « Old Waldorf Bar », qui était avant 1919 l’un des hauts lieux du luxe et du raffinement new-yorkais.
Le livre est disponible en ligne sur le site EUVS Vintage Cocktail Books
C’est aussi entre ces pages que sera publiée la toute première recette du Cuba Libre… de là à justifier le fait que l’hôtel sortira un Ron cubain à son nom, il n’y a qu’un pas…

Waldorf Astoria Gold Cuban Rum
Au cours de son histoire, le Waldorf Astoria New York a proposé à sa clientèle quelques embouteillages portant son nom. Issus de sélections spécialement réalisées pour l’établissement, on y trouve notamment un rhum, et plus précisément un ron provenant de Cuba.
Importé par la société Saccone, Speed & Jenney, basée à New York, ce rhum fut embouteillé par la Compañía Licorera Matanzas, installée dans la ville de Matanzas. Fondée en 1926, cette entreprise abritait la distillerie Yucayo, productrice du rhum du même nom. Un rhum qui connaitra un beau succès à partir des années 1930, aussi bien sur le marché local qu’aux États-Unis. À l’époque, la distillerie pouvait produire jusqu’à 400 000 litres de rhum par mois.
La Compañía Licorera de Matanzas ne se limitait pas au rhum Yucayo : elle produisait également d’autres spiritueux et liqueurs. En 1945, son catalogue mentionne par exemple l’Anis Yucayo, le Ron Cubano Superior Yucayo ou encore le Dry Gin Alaba. L’entreprise constituait alors l’une des industries prospères de la région de Matanzas. Des photographies et documents d’époque témoignent notamment de la présence de cuves de fermentation en bois (voir ci-dessous) et de l’utilisation d’aguardiente comme base. Le vieillissement s’effectuait dans des fûts de chêne blanc américain, selon la méthode de la solera (qui consiste à assembler des rhums de différents âges). Certaines sources évoquent également une légère aromatisation sur certaines références, notamment par l’ajout de camomille.

Le rhum que nous proposons sur notre site constitue un rare témoignage de cette époque aujourd’hui révolue...
La bouteille provient directement des anciens stocks de l’hôtel et a été acquise lors d’une vente aux enchères organisée en octobre 2020. À cette occasion, le prestigieux établissement a proposé plus de 15 000 objets : mobilier français du XIXᵉ siècle, œuvres d’art, lustres et éléments de décoration provenant notamment de son bar et de son restaurant. Les recettes de cette vente ont été intégralement reversées à St. Bartholomew’s Conservancy afin de soutenir la restauration et la préservation des façades et des jardins de St. Bartholomew’s Church, monument emblématique situé juste en face du Waldorf Astoria.

Source des photos : https://cubamemorias.com/eudoro-alba-y-la-compania-licorera-de-matanzas/




