Ferme de Taulet
La vigne en héritage
Située en Ténarèze, la Ferme de Taulet est un lieu de passage prisé autant par les pèlerins (le GR65 traverse son exploitation) que les amateurs de bonnes choses. Alain Carrère y exploite un petit vignoble de moins de 3 hectares dont les deux tiers servent à la production d'armagnac.
Aussi fidèle aux traditions qu'à ses vieilles vignes qu'il côtoie depuis plus de 60 ans, Alain est habité par une philosophie résolument biodynamique et travaille le plus naturellement possible.

Située en Ténarèze, la ferme d’Alain Carrère propose en plus de la production d’armagnac un élevage de bœufs gascons et le gîte aux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle dont le célèbre GR65 traverse son exploitation. Son petit vignoble est constitué de moins de trois hectares de vignes dont les deux tiers servent à la distillation de l’armagnac (2,68 hectares précisément), le reste rentrant dans l’élaboration d’apéritifs, de pétillant ainsi que d’un vin naturel aussi exceptionnel que confidentiel.
En agriculture biologique depuis plusieurs années, Alain tient à son vignoble comme à la prunelle de ses yeux et ses vieilles vignes sont choyées comme ses propres enfants. Plantées quand il avait seulement cinq ans, en 1962, il nous les présente avec fierté et une émotion que l’on imagine toujours intacte du haut de ses soixante-cinq printemps. Né ici même à la ferme familiale de Taulet, il nous raconte qu’il travaillait déjà la vigne à l’âge de douze ans avec son père. Qu’avant ça, il n’y avait que des cerisiers et des pêchers sur l’exploitation et quelques pieds de vignes ici et là.

Au début des années 1950 (1953) son père commence à planter plus de vignes et les premières gouttes d’armagnac coulent pour toute la première fois à la ferme de Taulet. La distillation s’effectue alors sur la place du village, où chaque vigneron ramène son vin puis s’en repart avec son fût dûment rempli. L’armagnac ainsi produit n’est pas encore commercialisé mais destiné à la consommation familiale. Les années qui suivent marqueront un tournant pour Alain qui se passionne rapidement pour l’armagnac et la distillation, avec déjà une idée bien ancrée: celle de faire perdurer les vignes qu’il a vu grandir le plus longtemps possible, pour maintenir l’héritage familial qu’il compte bien léguer un jour aux générations futures.

C’est sans doute là que réside le secret de ses armagnacs, dans le soin quasi-religieux qu’il porte à ses vieilles vignes. Alain Carrère est un personnage à part, aussi fidèle aux traditions qu’à ses cépages et leur environnement proche. Habité par une philosophie résolument biodynamique, il travaille le plus naturellement possible, en phase avec la lune, et ne changerait pour rien au monde. Son vignoble, enherbé depuis plus de 35 ans, est composé de deux cépages: l’Ugni Blanc pour 85%, et 15% de Colombard. La taille de la vigne est tardive (fin février/début mars) et s’effectue toujours en lune décroissante pour une meilleure croissance. Fin juin, quand la vigne a bien poussé, et toujours en lune décroissante, il coupe les gourmands.
Après s’être assuré de la bonne acidité de son raisin, il détermine ensuite la date de la vendange qui varie selon les années du 15 au 20 septembre. Entièrement manuelle, elle est réalisée avec l’aide de pèlerins volontaires du chemin de Saint-Jacques de Compostelle: ils sont ainsi entre vingt et vingt-cinq -dont certains habitués- à participer à la récolte mais aussi à l'élaboration des apéritifs. Alain les rémunère sur une base fixe, leur offrant le gîte et le couvert le temps des vendanges, n'oubliant pas au passage de leur transmettre sa passion.
Le pressage est effectué à l’aide d’un pressoir horizontal puis les jus sont stockés en cuve pour une fermentation naturelle (sans aucun ajout de levure) qui durera de 8 à 15 jours selon les températures extérieures. Arrive le mois de janvier et la distillation qui marquera la fin d’une année d’effort: première semaine de la nouvelle année, Patrick et Xavier Mogni arrivent à la ferme avec leur alambic ambulant pour distiller le vin d’Alain. Exceptée l’année 2022 où le vin a été distillé un peu plus haut qu’à l’accoutumé (à 60 degrés), Alain demande généralement un distillat de sortie compris entre 56 et 57% pour garder le maximum d’arômes. Ici comme ailleurs, la distillation est propice à la fête mêlant famille et amis, et surtout la bonne ambiance.

Un jour et demi plus tard, la distillation est terminée. Comme chaque année, Alain met sous verre un peu de blanche qu’il garde pour sa collection personnelle, et met le reste en fûts de chêne pour vieillissement. Contrairement à la pratique, Alain passe d’abord son armagnac dans de vieux fûts avant de le transférer en fûts neuf par périodes très courtes, toujours en respectant le principe de millésime qui est indissociable de son travail. Cela permettra à son armagnac de connaitre des chênes de différentes provenances, certains fûts venant d’anciens tonneliers locaux et d’autres de Cognac (Tonnellerie Bossuet). Il produit annuellement de quoi remplir trois, parfois quatre pièces d’armagnac qu’il agence soigneusement dans son chais « musée » qui en comptabilise aujourd’hui près de 50 . Les produits qu’il commercialise sont dilués avec les petites eaux à 42%, mais c’est natures et bruts de fût que ses armagnacs révèlent tout leur potentiel et séduisent les amateurs…
Un armagnac produit par de vieilles vignes qu’il côtoie depuis maintenant soixante ans. Et malgré le faible rendement de ces dernières, Alain n’en démord pas, il les gardera jusqu’au bout, quitte à ne plus distiller qu’un seul fût. Voire moins. C’est une question de principe. Et de philosophie…
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