L’histoire de cette bouteille remonte aux années 1970, lorsque le jeune Luca Gargano reçoit un coup de téléphone de son agent lui demandant 600 bouteilles de rhum Saint-James pour un de ses clients. Luca est Brand Manager des rhums Saint-James et ses yeux se mettent à briller lorsqu’il apprend l’identité de l’acheteur: un certain Giuseppe « Peppino » Cantarelli, restaurateur italien de renom….
Luca Gargano est aux services de Saint-James depuis quelques temps lorsque son agent de Parme lui annonce la nouvelle. Peppino Cantarelli est une sommité dans le monde de la restauration et il souhaite acheter du rhum Saint-James pour faire son café Cantarelli, l’une de ses boissons phares. Doublement étoilé au Guide Michelin, Peppino est un fin connaisseur de vins et fait parti (avec son confrère Giaccone) des tous premiers à importer des single malts de distilleries écossaises, sélectionnés par des embouteilleurs indépendants italiens. Il a même poussé des gens comme Bonfanti et beaucoup d’autres à explorer cet univers et s’est rapidement constitué une des plus belles et importantes collections de Single Malts au monde.

Accompagné de Giancarlo Borgarello (directeur commercial de la société Spirit) et de son agent Oppici, Luca a vingt ans lorsqu’il pousse la porte de ce restaurant pour la première fois. À la fin du repas, Peppino lui réitère sa demande et lui passe commande de 600 bouteilles de rhum Saint-James, et plus précisément de rhum ambré pour réaliser son café Canatarelli: un mélange de café, de rhum ambré et de feuilles de laurier. Si la commande pourrait sans doute paraitre anecdotique aujourd’hui, elle est pourtant conséquente pour l'époque, et c’est même la plus importante enregistrée par Saint-James dans ces années-là.
Fière de la prouesse, Luca apprendra néanmoins à ses dépends une leçon commerciale dont il se souviendra toute sa vie: lors d’une seconde rencontre, le restaurateur lui remettra un chèque en blanc, laissant au frêle commercial la responsabilité de fixer lui-même le prix de la commande. Monsieur Cantarelli connait déjà le père de Luca depuis de nombreuses années et, même s’il ne doute pas du fils, lui met une pression sans commune mesure sur les épaules.
Par peur de l’erreur ou par envie de trop bien faire, Luca proposera un prix défiant toute concurrence, faisant perdre au passage de l’argent à sa société… Quelques mois plus tard, les bouteilles sont livrées, revêtues pour l’occasion d’un livret qui reprend la recette de l’authentique café Cantarelli.
Un rhum avec un H comme Hommage
À la même époque sort sur le marché italien le rhum Barbancourt Veronelli, une réserve spéciale du nom d’un célèbre œnologue-critique gastronomique-anarchiste et écrivain italien (décédé en 2004). De là, commence à germer dans la tête de Luca une idée qui aboutira près d’une décennie plus tard: celle de sortir un embouteillage rendant hommage au restaurateur qui lui a donné une de ses toutes premières chances, si ce n’est la première.

Le restaurant est fermé depuis cinq ans lorsque Luca décide de recontacter Peppino Cantrelli pour lui proposer d’embouteiller un rhum. Grand amateur de spiritueux, l’homme accepte rapidement et ils se mettent d’accord sur la distillerie Bally, qui possède encore tous ses millésimes historiques.
Quelques mois plus tard, ils se retrouvent dans la salle du restaurant pour la dégustation. L’occasion pour Luca de se replonger dans ce lieu chargé d’histoires. Ils enchainent les millésimes et c’est un 1970 qui remportera tous les suffrages, loin devant les autres échantillons envoyés par Bally. En découlera la fameuse Réserve Cantarelli, embouteillé le 12 décembre 1991.
Un coup d’essai pour Luca qui sort ici son premier embouteillage spécial sous le nom de Velier, et la toute première sélection de sa longue carrière. Comme pour le livret accompagnant les bouteilles de Saint-James, Luca apportera là aussi sa patte personnelle : pour personnifier l’étiquette, il scannera une veste Madras qu’il avait acheté à sa toute jeune fille Maria Margaux en Martinique (alors âgées de 5 ans), donnant encore un peu plus d'originalité et d’histoire à ce Bally 1970…