Rémi Brocardo
Du haut de ses trente et un ans, Rémi Brocardo a déjà accumulé neuf campagnes de distillation derrière lui. À l'entendre, il n'était pourtant pas prédestiné à devenir distillateur même s'il garde des souvenirs émouvants de moments passés autour de l'alambic.
Fasciné par l'univers mystérieux d'un métier qui semble avoir toujours existé, il se souvient du bouilleur ambulant distillant l'ultime campagne de ses parents en 1995, ou encore de distillations voisines.

Il franchit finalement le pas sur les conseils d'un ami en 2014 et commence son apprentissage auprès de Philippe Gironi, ancien distillateur ambulant bien connu dans la région. Il cherche à cette époque à renforcer son équipe de distillateurs et prend Rémi sous son aile pour une première saison concluante: au bout de trois mois de distillation, Rémi sait déjà équilibrer son alambic et en maîtrise les principaux réglages. Il se fait ensuite la main pendant quelques années avant de revenir en 2017 sur le domaine familial pour distiller pour ses parents : à vingt-et-un ans et après vingt-deux ans d'interruption, l'armagnac coule à nouveau au Château Lassalle Baqué...
Une suite logique si on considère qu'on produisait déjà de l'armagnac sur le château en 1884, année d'acquisition de la propriété.
Avant ça, les ancêtres de Rémi faisaient de même sur une exploitation voisine, comme en témoignent certaines bouteilles de 1880 qu'il garde précieusement. Et à chaque fois, la distillation se faisait de manière ambulante.
Rémi intervient aujourd'hui chez une vingtaine de clients répartis sur les trois appellations et enchaine les distillations avec une appétence grandissante. Les rencontres qu'il fait et qu'il entretient sont un moteur et reflètent toute la diversité de l'armagnac : il est à la fois témoin de certaines très vieilles traditions, comme en Bas Armagnac où certains viticulteurs préfèrent encore une eau-de-vie à bas degré, et acteur auprès de la grande majorité de ses clients qui lui laissent carte blanche pour mettre en valeur le travail de toute une année. Tout est une question de confiance et de synergie, et goûter n'a jamais été autant important. Pour lui, une bonne distillation commence par un bon vin, qu'il goûte systématiquement afin de régler au plus juste son alambic. La propreté est un autre facteur clé qui doit être irréprochable pour obtenir une bonne eau-de-vie, qu'elle soit destinée au vieillissement ou à être commercialisée nature (Blanche).

Durant la dernière campagne, il a distillé quelques sept cents hectolitres d'alcool pur chez dix-neuf clients, soit l'équivalent de trois cent cinquante fûts.
Un peu moins même, si on considère que 85% du volume distillé est mis en vieillissement, le reste étant voué à être embouteillé comme Blanche Armagnac ou à rentrer dans l'élaboration du Floc de Gascogne. Sachant qu'il produit dix hectolitres d'alcool pur par 24 heures, cela représente plus de soixante-dix jours de distillation non stop. Un rendement en baisse de 5 à 10% comparé aux autres saisons mais compensé par le souhait des viticulteurs de garder une production régulière d'armagnac en réduisant leur volume de vin de consommation.
Interrogé sur les cépages qu'il est amené à distiller dans toute l'appellation Armagnac avec son alambic ambulant (un alambic de la Sofa, une entreprise voisine), les mêmes noms ressortent: sur tout le coté Haut-Armagnac et une bonne partie Ténarèze, il distille principalement chez ses clients de l'Ugni Blanc et du Colombard, beaucoup plus rarement du Baco et aucune Folle Blanche. Coté Bas Armagnac, le cépage Baco est roi, suivi de l'Ugni Blanc, d'un peu de Folle Blanche et très peu de Colombard.
Depuis quelques années, Rémi note un regain d'intérêt pour la production d'armagnac avec de plus en plus de clients, certes petits en taille, mais qui insufflent un vent nouveau pour la profession. Des personnes qui souhaitent soit diversifier leurs activités soit ré-introduire une production d'armagnac abandonnée un temps, mais qui, tous, participent à faire vivre l'activité de distillateur ambulant. De quoi de donner de l'énergie à Rémi et ses collègues distillateurs qui participent à leur manière à faire perdurer tout un pan de l'histoire, sans oublier de propager la bonne parole en invitant chaque viticulteur qu'il rencontre à produire de l'armagnac...



